26.10.2006
Traumatismes : 2 - Cécile : 0
Toi, ami lecteur, qui est jeune, innocent et naïf, il est temps que tu découvres la vérité sur le monde qui nous entoure : le monde est méchant et cruel. Je dirais même que si le monde avait un rire, il serait sardonique. Ecoute les conseils de Cécile qui, depuis qu'elle a allègrement franchi la barre des 27 ans, est pleine de vénérable sagesse (si, si, je t'assure cela fait cet effet là). Tu me connais, ami lecteur, tu sais que je n'avance aucune théorie, même fumeuse, sans pouvoir la justifier par des faits exemplaires.
1er round : Cécile, décidée à oublier les affres de la vieillesse et d'un mémoire qui n'en finit pas de se mordre la queue, choisit la boisson comme exutoire et, l'alcool n'étant pas un plaisir solitaire, réunit des adeptes, plus ou moins avancés dans leur initiation, à célébrer le culte du dieu Bacchus (qui n'explique en rien cette pompeuse phrase, les vapeurs éthyliques s'étant depuis longtemps dissipées). Jugeant, au nombre de bouteilles sacrifiées, que nous étions des célébrants de premier ordre, la grande prêtresse du temple décide de nous mener à la statue du dieu et nous offre un breuvage de son invention. Prêts à poursuivre notre initiation, nous goûtons joyeusement le mélange, n'hésitant pas à boire jusqu'aux dernières gouttes de la coupe.
Las, la coupe a été bue jusqu'à la lie ! La prêtresse revient avec la fiole contenant le mélange et, interloqués, les novices découvrent qu'ils n'ont pas été initiés au culte de Bacchus mais à celui de Python (bon, d'accord, en fait c'était un cobra) et que l'un de ses feu rejetons prenait un bain rituel dans l'alcool qui venait d'être servi.
Monde cruel : 1, Cécile (végétarienne limite hystérique) : 0
2e round : Ma main innocente qui se tend vers ma PAL et qui prend un livre au hasard qui, sadique, la guide vers Les Bostoniennes d'Henry James.
J'entends déjà tes cris, lecteur qui chérit James. Ne t'inquiète pas car je m'explique : Henry James a un don, celui de nous faire aimer les personnages que l'on déteste et de nous faire haïr les personnages auxquels on est attaché, et moi je déteste être transformée en girouette.
Monde cruel : 2, Cécile : 0
Les Bostoniennes, qui se situent à Boston (et oui, James est trop fou pour trouver ses titres), nous plongent directement dans les réunions féministes dans les années 1880. Olive Chancellor, jeune vieille fille de trente ans (ça, c'est pour me rassurer sur mon âge) est une féministe plus que convaincue, pour ne pas dire fanatique, mais que sa timidité maladive empêche de parler lors des réunions publiques et d'avoir la place dont elle rêve dans le mouvement féministe. Olive s'entiche de la jeune Verena Tarrant, fille d'un guérisseur charlatan, dotée d'un exceptionnel talent rhétorique. Olive s'approprie ce talent brut et éduque, forme et instruit Verena pour la mission à laquelle elle la destine : être la porte-parole des féministes. Mais voilà, tel le loup rôdant autour de l'agneau, un lointain cousin d'Olive, Basil Ransom, sudiste et conservateur, a jeté son dévolu sur Verena. Et celle-ci nourrie depuis sa plus tendre enfance au lait des idées nouvelles se sent irrésistiblement attirée par l'inconnu, le parangon de l'homme paternaliste qui aime que la femme soit à sa place, à la maison auprès de ses enfants. Tiraillée entre ses devoirs et ses sentiments, Verena doit faire un choix.
Mes convictions personnelles, et vraiment pas originales, me poussent naturellement à la sympathie vers les mouvements féministes et mon antipathie va aux machos nostalgiques du sud esclavagiste. Mais Henry James, qui lui-même défend la cause féminine, est là pour semer la pagaille dans mon esprit : les féministes sont affreusement ridicules, appelant de leurs voeux la venue d'un monde nouveau dans lequel la gente masculine aurait disparu . Et les armes de leur cause ? Des thés entre femmes de la bonne société, des discours qui enfilent les clichés et les phrases creuses, des vieilles dames fatiguées qui ont épousé toutes les causes, des femmes au foyer qui cherchent à s'occuper et des filous qui s'accrochent à un bon filon à exploiter. Et de l'autre côté, un sympathique rétrograde mais que l'on ne voudrait fréquenter sous aucun prétexte.
Et puis, au fil des pages, les caractères s'enrichissent, se dévoilent, les sympathies évoluent, Henry James s'amuse et ironise et, jusqu'aux dernières pages, le lecteur se laisse séduire par son art de dépeindre les caractères et les faiblesses humaines.
11:10 Publié dans Ce que je lis | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
Commentaires
"végétarienne limite hystérique" enchanté ;) sacré cécile
Ecrit par : captainwhat | 26.10.2006
Welcome back to the world!
Ecrit par : InColdBlog | 26.10.2006
C'est bien connu : "Boire faire perdre le mémoire"... Allez, courage. Plus que 3 ans avant de finir vieille fille ;-)
Ecrit par : tamara | 26.10.2006
Mais heureusement il n'y avait pas de Cobra caché dans le tapis de James ou d'autre bête dans la jungle. ouf.
Ecrit par : Phersu | 27.10.2006
Pffff, le monde est injuste, en plus d'être méchant et cruel et bête. Ça fait une semaine que j'ai trébuché sur la dite barre (qui m'est retombée sur la tête), et j'attends encore que la sagesse me vienne...
Ecrit par : Albireo | 27.10.2006
Pour faire revivre, en bonne proustienne que tu es, l'agréable souvenir du serpent dans la bouteille, voir un certain "Bestiaire du voyageur" p. 111 (jolie photo)...
Ecrit par : Mme du Deffand | 27.10.2006
@ captainwhat : C'est juste une petite particularité comme une autre... Sauf pour ceux qui sont invités à dîner chez moi !
@ InColdBlog : Merci ! Il va falloir que je me réhabitue :-)
@ Tamara : Avec un peu de chance, d'ici là, j'aurai tellement bu que je ne me souviendrai même plus de mon anniversaire !
@ Phersu : :-) Et heureusement que les restos Coréens ne sont pas spécialisés dans le serpent grillé...
@ Albireo : Bon anniversaire en retard alors ! Mais la sagesse ne vient que si l'anniversaire est fêté à l'alcool de serpent. Je peux d'ailleurs indiquer aux intéressés l'adresse du lieu qui en sert !
@ Mme du Deffand : Berk ! Effectivement, cela ressemble beaucoup, sauf que le serpent était plus petit !
Ecrit par : Cécile | 28.10.2006
@Cécile : Merci ! Autrement dit pour gagner la sagesse il faut en passer par une épreuve qui me paraît tout sauf sage !
Ecrit par : Albireo | 30.10.2006
@ Albireo : Et pour mes 28 ans, j'essaie le métier de cracheur de feu ! Là, c'est sûr, je devrais y gagner la sagesse éternelle.
Ecrit par : Cécile | 30.10.2006
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