15.09.2006

Cécile au pays du marketing et des maisons d'édition

medium_papillon_des_etoiles.jpgUn jour, je reçois un carton d'invitation dématérialisé pour me rendre aux pays des merveilles : un thé est organisé pour célébrer le Grand Chapelier qui a produit un nouvel opus.

Après avoir avalé la potion qui me fait oublier que je suis contre la publicité sur les blogs puis celle qui me chasse de l'esprit que je participe à une opération de marketing (alternatif, certes, mais tout de même), je décide que la perspective de rencontrer un auteur à succès ne me sera manifestement pas offerte tous les jours (Florian Zeller ne répond à aucune de mes lettres enflammées).

Je me rends donc au pays des merveilles dans lequel je suis introduite par une charmante lapine court-vêtue d'une robe argentée et je découvre une assemblée chuchotante attendant, plus ou moins impatiemment, l'arrivée du Grand Chapelier.

 

Retour à la réalité, le Grand Chapelier s'appelle Bernard Werber, a une production romanesque abondante, des millions d'exemplaires de ses oeuvres disséminées dans les bibliothèques du monde entier (beaucoup en Corée apprend-on) et une chemise violette qui aurait dû rester au placard.

Assommée par le lieu, la gentillesse du Grand Chapelier, des rencontres intéressantes, la chaleur, les deux sortes de champagne et le buffet de petits-fours, je me rends compte que je suis sérieusement en train de ramollir. Je vais écrire du bien du dernier roman de Bernard Werber.

 

Mais, c'était sans compter la rencontre de masses atmosphériques qui a déclenché un nouveau déluge au moment où nous sortions de chez l'éditeur. L'eau froide, la légère brise ajoutant à la sensation de froid, mon sac rose qui prend l'eau, mes sandales dans les flaques, au bout de 10 minutes de ce traitement, j'ai presque retrouvé la raison.

Puis je lis le roman. Mon sang ne fait qu'un tour, je veux monter au créneau, je commence à écrire ce que je pense mais le moment de faiblesse revient. Je cherche la potion de langue de vipère, mais comme le chat qui devient invisible mais dont le sourire persiste, il n'en reste qu'un fond de potion dans la bouteille. Dans un moment d'égarement, je mélange ce qui me reste de potion "langue de vipère" avec ce que je possède encore de potion "urbanité et brossage dans le sens du poil". Erreur fatale, les deux potions, au lieu de s'annuler pour produire une note mesurée et sobre, s'affrontent dans mon esprit dont elles prennent progressivement le contrôle.

 

Résumé (tant que les potions n'ont pas complètement pris contrôle de ma main) :

Le papillon des étoiles raconte l'histoire d'un inventeur désespéré par le monde et sa violence et qui décide de construire un vaisseau permettant de créer une nouvelle Terre. Il se lance dans la construction d'un gigantesque vaisseau spatial capable de transporter 144 000 humains ainsi que tout un écosystème pendant mille ans, le temps d'atteindre la nouvelle planète. Le roman est divisé en trois phases, la mise en oeuvre du projet et du vaisseau, le voyage puis l'arrivée sur la nouvelle planète et se termine par l'habituel deus ex machina propre aux romans de Bernard Werber et qui donne à l'histoire un nouvel éclairage.

 

Extraits de critique entre Docteur Cécile-qui-a-rencontré-un-auteur-en-vrai-et-ne-peut-en-dire-du-mal et Mrs. Cécile-frappée-du-SIP-et-dotée-d'une-charmante-langue-de-vipère.

Dr. C. : Bon, c'est un honnête roman de science fiction

Mrs. C. : Tu te moques de moi ? Honnête ?!? Mais enfin, on a lu cette histoire une dizaine de fois. Dans le genre, il vaut mieux lire le cycle Fondation d'Asimov qui est vraiment très bien.

Dr. C. : Non, mais le passage dans le vaisseau est sympa... La fin de l'utopie, l'irruption de la violence puis de l'ordre, la confrontation dans un milieu clos...

Mrs. C. : Ok, tu es en déficit mental. Evidemment qu'ils allaient se mettre sur la figure les 144 000 crétins prêts à s'embarquer dans une boîte en ferraille pour l'inconnu. Tu as lu Sa Majesté des Mouches ? Tu t'attendais à quoi ? Peace and Love ? Courses dans les champs de blé, guitare le soir au coin du feu, gâteaux au chocolat à volonté ?

Dr. C. : Tu exagères, l'idée de refonder l'humanité est intéressante !

Mrs. C. : Et tu n'as pas trouvé malsain la description du processus de sélection de ces super-exemplaires de l'humanité (jeunes, sociables, en bonne santé...) ? Tu ne penses pas qu'il y a un peu de sadisme de la part de l'auteur à transformer ces humains en rats de laboratoire ?

Dr. C. : Admettons... Mais la fin est originale, non ?

Mrs. C. : Mais ce n'est pas vrai, ne me dis pas que tu te laisses encore prendre par ce genre de lapin qui sort du chapeau romanesque. Ma pauvre fille... Surtout que l'on voit venir la solution à la moitié du livre ! Il faudra que tu m'expliques pourquoi un roman doit se finir en paroxysme. Moi je ne veux pas avoir l'impression de passer 2 heures devant une quelconque série télé, je ne cherche pas uniquement le plaisir, le suspense, le retournement de situation.

Dr. C. : Tu critiques mais Werber lui-même ne se définit que comme un artisan.

Mrs. C. : C'est honnête de sa  part, c'est vrai. Mais penses-tu vraiment que la littérature soit de l'artisanat ? Penses-tu réellement qu'un roman n'est que la compilation d'une technique bien rodée et de procédés rabâchés ? Allez, fini de jouer, Dr. C., je vais en finir avec vous à coup de sangrias pour pouvoir enfin prendre définitivement et entièrement possession de ce corps !

 

Ps. : Pour les inconditionnels du Grand Chapelier, les curieux et tous ceux qui veulent rencontrer le lapin court-vêtu, voici le lien vers le site du bouquin : http://www.lepapillondesetoiles.com.

Pour en savoir plus sur le marketing alternatif : http://www.marketing-alternatif.com/ et sur le marketing via les blogs : http://www.b-r-m.net/site/web/

Pour en savoir plus sur la soirée : chez Ari, ceci et cela, chez Hervé, Papillon, Tamara, So.

Trackbacks

"C'est un livre de poésie, c'est pour ça qu'il est très court..."

Me voici devant le siège d'Albin Michel, un immeuble ancien et discret. Une fois entré, une accorte jeune femme me demande de décliner mon identité, ce que je fais avec le sourire. Cela me vaut un badge adhésif (un sourire = un badge. Deux...

Trackback par : Egoblog | 16.09.2006

Pourquoi je n'aurais jamais dû aller à cette soirée

Bernard,
je vais vous quitter, et ce pour une durée indéterminée, voire plus.
Je faisais partie de la petite troupe de blogueurs invités à causer avec vous de la sortie de votre dernière production : Le Papillon des Etoiles...

Trackback par : conjurationdeslivres | 18.09.2006

Commentaires

bonjour, je m'excuse je ne viens pas mettre de com sur ton article,mais je serais curieux de savoir comment tu as insérer cette jolie bannière? En haut du blog.
Si tu souhaites me donner ton secret:
matthieu.vion@wanadoo.fr
merci beaucoup !

Ecrit par : matthieu | 15.09.2006

Coucou Cécile !
J'adore la façon dont tu as présenté ta critique !! Quel humour ! Même si tu as été moyennement convaincue par le dernier opus de Bernard Werber, c'est quand même sympa de l'avoir rencontré.
Bises, Mahée

Ecrit par : Mahée | 15.09.2006

Ben moi, je repasserai dans quinze jours pour te dire que le livre d'Oreillette et chaud !
L' histoire de mon amie au pays des sourds...

Son blog
http://oreillette.typepad.com/oreillette/

A bientôt

Ecrit par : Stelfy | 15.09.2006

tout simplement excellent ton message!

Ecrit par : herve | 15.09.2006

Et là je regrette de plus en plus de na pas avoir pu venir.... J'aurai bien aimé t'y croiser. Le livre de Werber? de toute façon je me doutais un peu que ce ne serait pas extraordinaire... ;)

Ecrit par : Laurence | 15.09.2006

Détrempé, ton sac rose ? rassure moi, tu ne vas tout de même pas aller te pendre au prochain ré-Werber ?

Ecrit par : delest | 15.09.2006

BRAVO ! tu es top ! Te voilà une admiratrice de plus ....

Ecrit par : Maman | 15.09.2006

@ Matthieu : Je suis prête à tout révéler :-)
Si tu es chez Haut et Fort, il y a un manuel plutôt bien fait qui expliquer comment insérer une bannière perso : http://www.hautetfort.com/kb/Inserer_une_banniere_sur_mon_blog

@ Mahée : C'était vraiment très sympa de rencontrer Werber surtout qu'il est charmant. J'ai été très intéressée par ce qu'il racontait sur son processus d'écriture, sur sa conception du roman et de la lecture.

@ herve : j'ai été ravie de te rencontrer et merci beaucoup pour l'adresse du dilettante, visite prévue lundi prochain ;-)

@ Laurence : Cela aurait été un plaisir de te rencontrer, j'espère que ce n'est que partie remise. Oui, moi aussi je me doutais que le livre de Werber serait déçevant mais j'ai eu un petit moment d'espoir en écoutant l'éditrice si enthousiaste :-)

@ delest : non, mais j'ai falli me noyer dans les flaques océaniques parisiennes. Heureusement, il me reste des photos de mon sac en pleine gloire...

@ Maman : Merci beaucoup ! Mais je ne suis pas sûre que tu sois parfaitement objective ;-)

Ecrit par : Cécile | 15.09.2006

Bon ça me rassure je ne suis pas la seule à ne pas aimer la fin et le pseudo retournement de situation...

Quand meme, je trouve qu'il manque complétement d'originalité sur le coup là...

Ecrit par : larcenette | 16.09.2006

Je viens d'écouter vos messages téléphoniques à Ari, Hervé, Papillon et toi, et je suis hilare et drôlement contente d'avoir entendu ta douce et raffinée voix. J'espère bien qu'on pourra organiser une soirée bloggeurs-fondus de lecture, ça promet d'être mignon.
Mention spéciale au commentaire de Delest, plus haut !! ++

Ecrit par : Cuné | 16.09.2006

Le coin du correcteur :

Deux coquillettes ( = petites coquilles :-) ) :

Dans la deuxième abréviation de Miss : un 's' a pris la place du 'r'.

Et puis vers la fin, " la marketing " est écrit à la Birkin !

PS : Il me semblait bien avoir aperçu sur une des photos, un sac rose désormais très célèbre ! Rassure moi, il a survécu ??

Ecrit par : cedric | 16.09.2006

Avantage de la méthode: une certaine reconnaissance du blog power.
Inconvénient: illustre le fait qu'il n'est pas nécessaire de parler en bien d'un livre pour lui faire de la pub, qu'il suffit juste qu'on en parle. Dans un autre domaine, cette stratégie a aussi été utilisée par Sarkozy qui avait invité "la blogeoisie" à une des dernières réunions de l'UMP. Cela s'appelle le "buzz", occuper l'attention.
J'ai aussi reçu l'invitation, mais je me suis posé le principe d'un non, tout en me sauvegardant les traditionnelles exceptions pour les auteurs que je lirai forcément, par nécessité, et Weber ne faisait pas partie de ceux-là.

Ecrit par : s.pt.mbr sans. | 16.09.2006

@ larcenette : Tu as raison, la fin est particulièrement ratée et tellement tirée par les cheveux !

@ Cuné : il faut vraiment que l'organise cette rencontre :-)

@ cedric : Oui, j'ai cru voir mon sac rose sur une des photos (avant qu'il prenne la pluie).

@ s.pt.mbr.sans. : Je suis d'accord avec toi sur le problème que pose l'utilisation des blogueurs par le marketing ou la politique.
Par contre, je ne pense pas que l'influence des blogs littéraires (du mien en tout cas) sur les ventes et la notoriété de Werber soit notable ou même existante.
Mais bon, je suis prête à beaucoup de choses pour deux champagnes différents !

Ecrit par : Cécile | 16.09.2006

puis-je vous suggerer de changer le format des caracteres que tu utilise dans ton blog. merci

Ecrit par : mounaj | 17.09.2006

Mounaj, tu es sans doute quelqu'un de bien. Mais si la Dame de ces lieux t'obéit, je te provoque en duel !

Ecrit par : delest | 17.09.2006

@ mounaj : allergique à l'arial ?

@ delest : fan de l'arial ? ;-)

Ecrit par : Cécile | 17.09.2006

Je ne suis pas sûr que l'impact soit si négligeable: s'ils le font, c'est que ça doit marcher... et d'ailleurs tous les blogs en parlent. L'effet des petits fours est incroyable. A quand une demi-critique positive de Marc Levy :-p ?

Ensuite, ça ne m'étonne pas que ce soit Werber qui essaie ça. Il est de ceux qui se plaignent des critiques qui l'empêchent de vendre assez (je l'avais lu prendre pour preuve que ses livres se vendaient bien mieux en poche qu'à leur sortie... comme si tout le monde avait et les moyens et le besoin irrésistible de ne pas attendre la sortie en poche ou en bibliothèque).

Ca n'a rien à voir, mais j'ai dû louper un épisode, je suis confusément perplexe devant l'acronyme SIP...

Ecrit par : Albireo | 18.09.2006

Ce blog est mon fil d'Arial et j'entends qu'il le reste !

Ecrit par : delest | 18.09.2006

Finalement, je suis rassurée de constater que cette rencontre n'aura pas eu raison de ton impartialité et que arrives à dire ce que tu en penses malgré la gentillesse de cet auteur...

Ecrit par : So | 18.09.2006

Hello Cécile,
Je vais tâcher, comme toi, de ne pas me laisser influencer dans ma critique par la rencontre avec l'auteur... Mais c'est vrai que c'est plus délicat !
Merci pour le site du "sac rose"... Je vais attendre le prochain déluge pour m'en acheter un du même auteur... euh... designer (histoire de mettre un gros tas d'euros de côté !!!).
A bientôt.

Ecrit par : tamara | 18.09.2006

mince coment je vais faire moi maintenant pour écrire aussi bien et aussi gentiment que ... j'aime paaas non plus ce livre! ;)

Ecrit par : julie | 18.09.2006

arghh je voulais dire "comment" bien sûr, et "que toi" etc etc...

Ecrit par : julie | 18.09.2006

Le vrai exploit n'est pas tant d'avoir trouvé le livre mauvais, mais d'avoir réussi à le terminer.

Content d'avoir croisé certains et certaines d'entre vous.

Ecrit par : Ari | 18.09.2006

@ Albireo : C'était la première fois que ce genre de soirée était organisée pour un roman. Ils déjà essayé pour d'autres produits dont le nouvel album d'une chanteuse peu connue et je pense que le buzz a eu plus d'impact pour elle qu'il n'en aura pour Werber.

Je ne connais pas la fréquentation des blogs littéraires les plus connus mais cela n'a sûrement rien à voir avec celle des "stars" de la blogosphère invités par l'UMP.

Sinon, tu as parfaitement raison pour Werber et la critique. Mais, ce que j'ai particulièrement apprécié chez Werber, c'est, qu'au moins devant nous, il ne nous a pas joué le fameux couplet "la critique française est méchante et de mauvaise foi avec mon oeuvre et de toute manière c'est des cons, la preuve les gens achètent mon livre", contrairement à Marc Levy !


@ delest : tu es particulièrement en forme pour les jeux de mots en ce moment ! Tu expliques cela comment ? Tu te drogues à la tisane et aux gâteaux fondants au chocolat ?


@ So : Je suis rassurée, je ne suis pas entièrement corruptible au champagne :-)
J'ai beaucoup aimé ta note sur la soirée, très sarcastique, très bonne !

@ tamara : Attends les soldes, les sacs deviennent abordables (50%, je crois) !

@ julie : Allons donc, c'est malin, tu me fais rougir ! Manifestement, la soirée a été un succès et la communication performante : nous hésitons tous à dire vraiment ce que nous pensons du bouquin, et pour l'instant, il semblerait que les avis soient unanimement défavorables ;-)

@ Ari : Dans la foulée de la soirée, alors que j'étais encore sous l'influence du champagne, c'était encore possible !
Contentement partagé !

Ecrit par : Cécile | 18.09.2006

As-tu finalement été au Dliettante ?

Ecrit par : Hervé | 21.09.2006

Voilà le premier billet qui m'a conduite vers toi, parce que j'ai découvert à droite à gauche des récits très drôlatiques et complémentaires de cette soirée marketing qui a été sabotée à son insu par des retrouvailles inespérées entre blogueurs... et du coup, je regrette beaucoup d'avoir manqué ça. A part ça ton récit m'a fait beaucoup rire... et ça, c'est du talent ! J'ai particulièrement aimé le petit dialogue schyzophrénique de la fin. Et comment va ton pauvre sac?
Merci beaucoup, je suis enchantée de t'avoir découverte par les liens de Loupiote. (ou était-ce Choupynette ?) Une galaxie nouvelle s'ouvre à moi.

Ecrit par : Gaelle | 21.09.2006

@ Hervé : Non, je n'ai pas eu le temps, mais dès que je retourne à la Sorbonne, j'y cours !

@ Gaelle : C'était sûrement, le plus agréable de la soirée : rencontrer d'autres blogueurs !
Le sac a été tartiné de crème pour le corps, depuis, il reprend vie !

Ecrit par : Cécile | 21.09.2006

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